Le déclin cognitif des aînés

Un enjeu à ne pas négliger est la santé mentale et physique des aînés de notre société. Que devrons-nous modifier dans notre apport à la santé? Il est pertinent de se questionner sur les mesures que nous devrons prendre dans un avenir prochain, alors que la proportion de personnes âgées ne cesse de s’accroitre au Québec. À quelles maladies les aînés auront-ils à faire face? La santé mentale des personnes âgées est un aspect qu’il faut absolument considérer. En effet, un aîné sur quatre souffre de trouble mental (Commission de la santé mentale du Canada, s.d.). Dès lors, face au vieillissement de la population, il faut changer notre façon d’investir dans les services de santé mentale destinés aux aînés et revoir la prestation de ces services. Si aucune mesure n’est prise, cette pression croissante sur le réseau de la santé aura d’importantes répercussions sociales et économiques (Commission de la santé mentale du Canada, s.d.). Les troubles les plus communs associés avec la vieillesse sont la démence, la maladie d’Alzheimer et la dépression. Il est d’ailleurs important de comprendre quels sont ces troubles et qu’est-ce qui les constitue.

D’abord, la démence est un syndrome dans lequel on observe une dégradation de la mémoire, du raisonnement, du comportement et de l’aptitude à réaliser les activités quotidiennes (Organisation mondiale de la santé, s.d.). Bien que la démence touche principalement les personnes âgées, elle n’est pas une composante normale du vieillissement. La maladie d’Alzheimer est la cause la plus courante de démence et seraient à l’origine de 60-70% des cas (Organisation mondiale de la santé, s.d.).

Par ailleurs, la maladie d’Alzheimer est la maladie mentale la plus connue d’entre toutes lorsqu’on aborde les troubles psychologiques des aînés et constitue une forme grave de démence (Bee et Boyd, 2012). Environ 5% des hommes et 6% des femmes de plus de 60 ans en souffrent. On projette que ces chiffres devraient augmenter rapidement au cours de vingt prochaines années avec le vieillissement de la population (Encyclopédie de l’agora, 2012). Ce trouble est décrit comme étant la forme la plus commune de démence causée par «des changements cérébraux précis, notamment une augmentation rapide des enchevêtrements neurofibrillaires, qui entraîne une perte progressive et irréversible de la mémoire et d’autres fonctions cognitives» (Bee et Boyd, 2012). En bref, il s’agit d’une maladie cérébrale dégénérative se caractérisant par un déclin graduel de la mémoire (Encyclopédie de l’agora, 2012). À ce jour, il n’y a aucun traitement existant.

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Un cerveau sain (à gauche) et un cerveau à un stade avancé de la maladie d’Alzheimer (à droite).

Cerveau alzheimer

Source : L’institut national du vieillissement et l’institut national de la santé («L’atrophie corticale de l’Alzheimer», s.d.).

Comme on peut le voir ci-dessus, le cortex d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer «se recroqueville et endommage les régions associées à la pensée, à la planification et à la mémoire» (Alzheimer association, s.d.). D’ailleurs, le rétrécissement est particulièrement marqué dans l’hippocampe qui constitue une région du cortex qui joue un rôle essentiel dans la formation de nouveaux souvenirs. Les ventricules, «des espaces remplis de fluide à l’intérieur du cerveau» (Alzheimer association, s.d.) grossissent.

La dépression touche beaucoup de personnes âgées pour diverses raisons. Ce trouble psychologique se traduit parfois par des symptômes de démence, mais la plupart des individus déprimés ne manifestent pas les signes d’une démence prononcée (Bee et Boyd, 2012). Les signes de dépression dans ce groupe d’âge peuvent être confondus par avec une humeur maussade par les membres de la famille (Soucy, 2008). La dépression peut aussi être prise pour une forme de démence puisqu’elle présente des symptômes de perte de mémoire et de confusion. Près du quart des personnes du quatrième et cinquième âge souffrent de la dépression, soit une proportion plus élevée que dans tout autre groupe d’adultes (Soucy, 2008).

Lors de notre rencontre avec madame Renée Mathieu, éducatrice spécialisée dans un centre d’accueil pour personnes âgées, elle a pu me renseigner sur la difficile réalité de la santé mentale chez nos aînés en centres. En effet, elle constate que 91% des personne âgées résidant dans le centre de de l’Île-Bizard sont atteints de troubles cognitifs et que les maladies mentales les plus courantes sont celles de la dépression, de la démence et de la schizophrénie. D’ailleurs, en plus de ce déclin cognitif, la plupart des résidents sont atteints de trois ou quatre autres maladies. De plus, Renée Mathieu ajoute que la maladie mentale de certains n’a jamais été diagnostiquée. En effet, dans les années 1970, la maladie mentale était un tabou et on tentait du mieux que l’on pouvait de cacher ce type de maladie.

De nos jours, on voit apparaître plusieurs documentaires traitant du déclin cognitif des aînés. Le documentaire français intitulé Floreréalisé par Jean-Albert Lièvre en 2014, en est un exemple. Ce court-métrage suit une artiste peintre atteinte de la maladie d’Alzheimer ainsi que la relation difficile qu’elle entretient avec ses enfants. La bande-annonce est disponible en cliquant ici.

La santé mentale des aînés est un enjeu important sur lequel il faut davantage se pencher. C’est une question qui va prendre de plus en plus d’ampleur avec le vieillissement de la population québécoise. Selon moi, il faudrait augmenter le nombre de résidences pour personne âgées puisque l’on remarque déjà un manque flagrant au niveau de la capacité d’accueil de ces centres.

D’ailleurs, l’augmentation du nombre d’aînés affectés par la maladie mentale peut mener à une surconsommation de médicaments. Pour visualiser un article traitant de cette problématique, cliquez ici.

Vicky Lauzière

La protection juridique des vulnérabilités des aînés

Existe-t-il des lois pour protéger les droits des aînés et assurer leur bien-être? Les aînés sont plus vulnérables à toute sorte d’abus puisque parfois leurs capacités sont limitées. Dès lors, il faut se renseigner sur ce que cela implique au niveau juridique et comment notre société encadre ce type de pratique. Au Québec, il n’existe pas de régimes juridiques qui n’encadrent que les aînés («Les enjeux éthiques du vieillissement», s.d.). Ils ne peuvent qu’être couverts par les droits fondamentaux de l’individu. Alors, la vulnérabilité significative des personnes âgées n’est, en quelque sorte, pas prise en compte.

D’abord, les aînés sont des cibles parfaites pour la fraude financière pour plusieurs raisons. Ceux-ci passent beaucoup plus de temps à la maison et sont donc facilement joignables par le téléphone ou par du porte-à-porte. De plus, il y a la croyance que les aînés ont fait d’énormes économies pendant toute leur vie. Alors, ils sont des cibles préférables. Ces fraudes peuvent être exercées par toutes sortes de personnes, et même parfois par des membres de la famille proche.  La Charte québécoise des droits et libertés de la personne indique que les aînés ont le droit d’être protégés contre toute forme d’exploitation (Éducaloi, s.d.). De plus, en cas d’arrestation et condamnation de la personne abusive, la peine imposée à un accusé trouvé coupable de fraude à l’endroit d’un aîné pourrait être plus sévère. En effet, il s’agit «d’un facteur aggravant dont le juge pourra tenir compte» (Éducaloi, s.d.).

Il y a plusieurs autres formes d’abus soient de l’abus physique, sexuel, verbal et psychologique («Les types de maltraitance», s.d.). Il y a également plusieurs sortes d’exploitation comme faire une pression sur la personne âgée pour qu’elle modifie son testament, lui prendre ou lui voler un objet sans permission, faire preuve de négligence, empêcher la personne d’avoir de la visite ou bien imposer un traitement médical sans le consentement de ladite personne («Les types de maltraitance», s.d.). Parmi ses principes, la Charte canadienne des droits et libertés et la Charte des droits et libertés de la personne garantissent «le droit à l’intégrité de sa personne et interdisent la discrimination fondée sur l’âge» (Encyclopédie de l’agora, 2012).

Ensuite, d’après les lois établies au Québec, les parents ne peuvent pas faire obstacle aux relations personnelles des enfants avec leurs grands-parents sans motifs graves. Dès lors, il faut s’assurer que ce droit est respecté lorsqu’il y a des conflits entre les parents et les grands-parents ou lorsque ces derniers sont placés dans des centres où ils ne reçoivent aucune visite. D’ailleurs, s’il est difficile ou impossible pour les grands-parents de voir leurs petits-enfants en raison du refus des parents, «ils peuvent présenter une demande à la Cour supérieure du Québec pour obtenir des droits d’accès envers leurs petits-enfants» (Éducaloi, s.d.).  Le but premier de ces mesures juridiques est toujours de permettre aux petits-enfants de connaître et de développer des liens affectifs avec ses grands-parents.

Figure 1

Le Parlement d’Ottawa

Parlement

Source : Wikipedia (Wikipedia, s.d.)

Il faut également considérer les questions de consentement et d’inaptitude. En effet, la tradition juridique qui assure «la protection des personnes vulnérables a été fortement influencée par la conception de l’homme en tant qu’individu libre, rationnel et responsable» («Les enjeux éthiques du vieillissement», s.d.). Le niveau de capacité intellectuelle requis ne fait toutefois pas l’objet d’un consensus. De manière générale, la protection des personnes inaptes dont «l’état mental ne leur permet pas de veiller sur leur personne ou sur leurs biens» (Encyclopédie de l’agora, 2012) est confiée à leurs proches et donc aux membres de leur famille. Mais, qu’arrive-t-il à ceux dont la famille est incapable de remplir ce rôle où lorsqu’elle se défile de leurs responsabilités? C’est l’un des enjeux qui monopolisent l’attention de ceux qui veillent à la protection des personnes inaptes. En effet, dans ces cas, ces personnes sont représentées par le biais de notre système judiciaire (Encyclopédie de l’agora, 2012). Dès lors, si nous nous trouvons devant une situation où la famille est dysfonctionnelle, les aînés inaptes peuvent avoir une vraie représentation et protection de leurs droits.

Lors de notre rencontre avec madame Renée Mathieu, éducatrice spécialisée dans un centre d’accueil pour personnes âgées, elle nous a informé sur les procédures en cours lorsqu’il est question d’inaptitude. D’abord, lorsque la personne est apte, elle a tous les droits sur ses décisions qu’elle prend d’ailleurs elle-même. Elle peut consulter son dossier lorsqu’elle le désire. Par contre, s’il y a inaptitude, la famille de la personne inapte ou encore l’un de ses proches doit avoir un mandat signé par la cour pour pouvoir prendre des décisions pour une autre personne. Sinon, il pourrait y avoir de l’abus.

La maltraitance des aînés est une réalité au Québec. C’est pourquoi, selon moi, il est primordial que l’on en parle et que l’on s’informe sur ce qu’il y a à faire. La maltraitance des aînés, c’est un enjeu de société. On peut déjà apercevoir beaucoup de campagnes publicitaires qui ont pour but de sensibiliser le public à la cause, notamment celle réalisée par le Ministère de la Famille et des Aînés, mettant en vedette leur porte-parole Yvon Deschamps. On peut voir ce vidéo en cliquant ici. De plus, un peu partout dans le monde, il apparaît d’autres formes de sensibilisation, incluant la capsule présentée ici où l’on expose des passants dans la rue à de la méchanceté gratuite faite aux personnes âgées. Tout cela est filmé via caméras cachées par les acteurs de la mise en scène.

Vicky Lauzière