Quand le vert a besoin de vert

Demandez à dix citoyens dans la rue s’ils apprécieraient pouvoir faire  l’usage d’un véhicule électrique si aucun coût supplémentaire n’était nécessaire – vous obtiendrez une majorité de réponses affirmatives. L’idée de rouler dans un véhicule vert est attrayante pour plusieurs raisons (voir article sur les avantages des automobiles électriques) pour la majorité. Qu’est-ce qui empêche donc les routes d’être le berceau d’une ribambelle de véhicules verts?

Quoiqu’il n’y ait pas une réponse unique, il y a bien une explication qui résume bien la problématique actuelle liée aux automobiles électriques: le coût de celles-ci.

Selon des statistiques présentées par l’AVEQ (Association des Véhicules Électriques du Québec), le salaire moyen des propriétaires de véhicules électriques au Québec est de 73 000$. Il va sans dire qu’on peut classifier ce bien comme en étant un de luxe, en ceci que le revenu de ceux qui le possèdent est très élevé.

Simon-Pierre Roux, Président de l’AVEQ, croit par ailleurs que le coût des automobiles électriques est l’une des plus importantes barrières à l’entrée pour les consommateurs.

L'Association des Véhicules Électriques du Québec
L’Association des Véhicules Électriques du Québec

Il s’ensuit que, pour rendre plus accessible l’automobile électrique, le prix de celle-ci se doit de diminuer. Ou, par d’autres méthodes, le financement doit être plus aisé.

Roux croit qu’une bonne partie de la solution réside dans les entreprises qui offrent à leurs employés la possibilité de faire l’acquisition d’un véhicule électrique, soit gratuitement ou à très faible coût. Dans une telle structure, l’employeur finance l’achat du véhicule pour un employé ou en fait la location à l’employé. Évidemment, pour le consommateur (et donc l’employé), il y a là une situation idéale. Mais est-ce le même cas pour l’employeur?

Selon Simon-Pierre Roux, l’employeur a tout à y gagner. Par le fait de fournir une telle opportunité à ses employés, une firme s’attire forcément le respect de ceux-ci. Conséquemment, ils croient davantage à leur compagnie et s’y dédieront probablement davantage. L’entreprise gagne ainsi une image verte qui a une influence positive à plusieurs niveaux. D’abord – et cela vient d’être mentionné – chez les employés, mais ensuite chez les clients de la firme qui, par souci environnemental désireront acheter les produits d’une compagnie favorisant la protection de l’environnement. M. Roux a aussi relevé un aspect intéressant qui ne touche pas le Québec mais qui pourrait éventuellement y faire surface. Dans certaines régions du monde, il y a des voies de circulation réservées aux automobiles électriques. Ainsi, les détenteurs de ces véhicules peuvent y circuler en exclusivité. Ils sauvent par le fait même énormément de temps et beaucoup de stress. Pour un employeur, de tels bénéfices pour les employés résultent en une hausse d’énergie et de productivité – conséquences qu’il ne faut pas négliger.

Somme toute, afin de remédier au problème du financement des véhicules électriques, les entreprises peuvent avoir un grand impact sur l’accessibilité aux automobiles pour leurs employés. Il me semble logique qu’ils prennent les devants en matière de financement puisque c’est dans leurs coffres que se trouvent les ressources financières les plus importantes et les plus facilement accessibles. Il s’agit donc là d’un acteur majeur qu’il faut encourage à faire des pas vers l’avant.

- Lukas Foisy

L’innovation financière: repenser l’acquisition

Les compagnies automobiles électriques doivent innover. Dans une ère où leur technologie évolue à grande vitesse, l’accessibilité de leurs produits demeure limitée, principalement en raison des coûts qui y sont associés. Quoique des subventions gouvernementales permettent d’assister les acheteurs dans leur processus d’acquisition, ces compagnies automobiles peuvent prendre de l’avant et proposer des innovations financières.

Un chef de file dans ce domaine est Tesla. L’entreprise s’est attaquée au modèle traditionnel de financement de l’automobile. Avec des partenaires financiers, elle a créé une structure intéressante pour ses consommateurs.

Le siège social de Tesla.

 

En partenariat avec US Bank et Wells Fargo, seulement 10% d’acompte est dorénavant nécessaire pour l’acquisition d’une voiture Tesla. Cet acompte est notamment couvert par des subventions dans plusieurs états américains. Autrement dit, aucun réel paiement initial n’est nécessaire. Avec les diverses économies (notamment au niveau de l’essence), le propriétaire d’une Tesla s’en tire à payer moins de 500$ mensuellement (environ 691$CAD au Canada). De plus, Tesla offre à ses clients de racheter leurs véhicules après 36 mois à une valeur très élevée. Ainsi donc, il n’y a pratiquement aucun risque à faire l’acquisition d’une Tesla et les frais mensuels qui y sont rattachés sont, quoique dispendieux, tout de même accessibles et raisonnables.

Par cette structure le consommateur reçoit les avantages d’un achat (la possibilité de garder l’automobile), mais aussi ceux de la location (en ceci qu’il peut retourner son automobile après 36 mois).

Un autre modèle, qui provient d’Indianapolis propose d’enlever au consommateur le choc initial financier de l’acquisition d’un véhicule électrique. Évidemment, ce n’est pas un mystère que le surcoût d’une automobile électrique s’amortit à long-terme, mais à court-terme, il y a là une grosse dépense qui est nécessaire. C’est pourquoi Vision Fleet, une firme américaine, propose au consommateur une nouvelle façon de financer son véhicule. Plutôt que d’acheter l’automobile au départ, l’entreprise propose un frais annuel (environ 7400$) qui comprend l’achat, les frais de recharge, les frais d’entretiens et les assurances. Ainsi le consommateur peut payer un peu plus de 600$ par mois et avoir accès à une automobile électrique. Il s’évite d’avoir à effectuer à la base une dépense importante. En apprendre plus sur la structure de Vision Fleet…

Vision Fleet, une entreprise proposant une structure de financement nouvelle.

 

Mais la structure traditionnelle ou le consommateur est propriétaire d’un véhicule ne cadre pas dans la vision futuriste qu’à Simon-Pierre Roux, Président de l’AVEQ, des automobiles vertes. Au fil des ans, il juge que la voiture a perdu son charme comme possession – que la nouvelle génération, surtout, est moins attachée à son automobile. Il croit donc que la voiture du futur aura quelques caractéristiques bien particulières.

D’abord, il s’agira d’un véhicule en autopilote. Il pourra se déplacer sans que le conducteur ait à faire quoi que ce soit.

Ensuite, et c’est là le plus important au niveau des finances, le véhicule électrique du futur en sera un de partage. C’est donc dire qu’il ne sera pas la possession des conducteurs. Plutôt, ceux-ci se le partageront et l’utiliseront sur demande. C’est par exemple par le biais d’un cellulaire qu’une automobile pourra être demandée.

C’est aussi à travers un modèle d’abonnement que se positionnera la voiture électrique du futur. Le modèle d’abonnement est aujourd’hui fort bien implanté dans diverses industries (notamment les médias) et devrait aussi éventuellement s’appliquer à la voiture verte. Ainsi, moyennant des frais annuels, le consommateur pourra à tout moment avoir accès à un véhicule électrique pour la période de temps qu’il désire.

Ces suppositions impliquent que le financement de l’achat de voitures sera chose du passé. Les consommateurs n’auront besoin que de s’acquitter de frais d’utilisation et ce seront plutôt les entreprises ou les entités gouvernementales (peu importe qui gère les services d’automobiles électriques) qui devront déboursés de leurs capitaux pour faire l’acquisition de voitures électriques.

En définitive il semble clair que les innovations dans l’industrie de la voiture électrique ne se limiteront pas à la technologie, mais qu’ils toucheront d’autres aspects aussi, par exemple le financement. Afin de faire augmenter la production à un niveau de masse, il faudra rendre plus accessible l’acquisition ou l’utilisation des véhicules électriques. Par le fait même, un cercle heureux se formera, en ceci que les prix baisseront au fur et à mesure que le temps avance, que des compétiteurs s’ajoutent au marché et que la technologie évolue.

– Lukas Foisy